Fantastique, Gregory Daryl, Partenariat, Pas Mal

Nous allons tous très bien, merci – Daryl Gregory

Fantastique / Adulte


Nous allons tous très bien, merci - Daryl GregoryRésumé :
Il y a d’abord Harrison, qui, adolescent, a échappé à une telle horreur qu’on en a fait un héros de romans. Et puis Stan, sauvé des griffes d’une abomination familiale l’ayant pour partie dévoré vif. Barbara, bien sûr, qui a croisé le chemin du plus infâme des tueurs en série et semble convaincue que ce dernier a gravé sur ses os les motifs d’un secret indicible. La jeune et belle Greta, aussi, qui a fui les mystères d’une révélation eschatologique et pense conserver sur son corps scarifié la clé desdits mystères. Et puis il y a Martin, Martin qui jamais n’enlève ses énormes lunettes noires… Tous participent à un groupe de parole animé par le Dr Jan Sayer. Tous feront face à l’abomination, affronteront le monstre qui sommeille en eux… et découvriront que le monstre en question n’est pas toujours celui qu’on croit…

 

Pocket, 2017
192 pages / 6,30 €


Mon avis :

Ce qui m’a attiré au premier abord dans ce roman, c’est son thème : l’auteur y explore une nouvelle facette de l’histoire, différente de ce que l’on s’attend à trouver dans un livre. Car l’intrigue ne se passe pas au cœur de l’action, au moment où le héros accompli sa quête, quelle qu’elle soit.

Non, le sujet du roman est ailleurs, dans l’après : comment le héros retourne-t-il à la vie normale après avoir vécu ses aventures ? Le peut-il seulement ? Et notamment, pour ceux qui ont affronté des créatures d’horreur, comment surmontent-ils le traumatisme de cette découverte ? Car même si l’ennemi est défait et que le héros s’en est sorti vivant, les monstruosités qui ont surgi dans son univers changent à jamais sa vision du monde. Il ne se sent en sécurité nulle part, et finit par souffrir en silence, incompris des autres, qui ignorent les horreurs qui se baladent un peu partout à leur insu…

C’est ainsi que commence cette histoire : plusieurs personnes ayant rencontré des créatures diverses et variées tentent de surmonter leur traumatisme en participant à une thérapie de groupe. Fun, non ? Bon, ce n’est fun que sur le papier, car leurs histoires, que l’on découvre au fur et à mesure de la thérapie, sont loin d’être drôles… Elles tirent même souvent sur  le franchement dérangeant. L’inquiétude finit d’ailleurs par pointer le bout de son nez chez le lecteur : lui aussi prend conscience que son environnement est peut être bien plus effrayant que ce qu’il pensait, et que des créatures rodent sûrement à la lisière de son monde…

En ce sens, la première partie est étonnante : on apprivoise peu à peu les personnages et leur histoire, on s’interroge sur tous les héros des romans qu’on a pu lire auparavant, sur leur devenir. Et on tremble un peu aussi avec les personnages, le surnaturel et l’horreur s’immisçant dans notre conscience au fur et à mesure des chapitres. J’ai moins accroché à la seconde partie du roman, qui est plus tournée vers l’action, et suit une trame plus classique. Cette partie se lit pourtant très rapidement, mais disons qu’elle est plus attendue. La fin arrive presque trop vite, et j’aurai bien vu quelques dizaines de pages en plus, même si j’ai apprécié de pouvoir lire un roman court.

Un point important à souligner, c’est que l’auteur a choisi de développer une narration particulière dans ce roman. En effet, tous les points de vue se mélangent au sein d’un même chapitre, chaque personnage prenant tour à tour la parole. Ces points de vue sont entrecoupés de « nous » à certains moments, comme si le groupe lui-même s’exprimait telle une entité distincte. Cela perturbera peut-être certains lecteurs mais pour ma part, le choix de cette narration a fonctionné, et a même sûrement participé à mon immersion dans l’intrigue.

La fin m’a plu et laisse planer le même sentiment que le reste du roman : comme si un peu de surnaturel était rentré dans notre vie, comme si la peur était toujours un peu là, tapie au fond de notre conscience, même si on tente de l’oublier.

Dans cette édition, une postface est proposée avec une interview de l’auteur, ce qui apporte un éclairage supplémentaire sur l’oeuvre. L’auteur ne se cache pas pour dire qu’une suite est possible, et que l’un des personnages fait écho à un autre roman qu’il a écrit. De quoi prolonger le plaisir, pour ceux qui auraient encore envie de frissonner un peu 🙂

En bref :

Nous allons tous très bien, merci est un roman étrange, particulier, et un peu effrayant. Il aborde une question originale et pourtant fondamentale, que l’on devrait tous se poser : que se passe-t-il pour le héros à la fin de sa quête ? Comment revient-il à une vie normale après avoir vécu ces expériences difficiles, surtout lorsqu’il a eu affaire à de véritables monstres, qui parfois l’ont poursuivi, blessé, mutilé ? Et s’il existait une thérapie de groupe pour les traumatisés de ce type, qui souffrent de ne pas pouvoir partager leur vision du monde et leur peur avec le reste de l’humanité ? Daryl Gregory explore cette question au travers d’une narration particulière dans laquelle tous les points de vue se mélangent, mais qui fonctionne bien et qui laisse le lecteur sur un sentiment de peur latent, sournois. Même si la première partie du roman m’a semblée meilleure que la seconde, j’ai apprécié plonger dans cet univers original et un peu flippant 🙂
 
7,5/10

4 thoughts on “Nous allons tous très bien, merci – Daryl Gregory”

  1. La résurgence de la peur, c’est quelque chose qui m’attire et m’angoisse un peu dans les romans ^^ Quand l’auteur parvient à provoquer ce petit pic d’angoisse en faisant renaître une peur primaire d’enfant, je me dis qu’il est bien bon. J’ai bien envie de tester avec ce Nous allons tous très bien, merci ^^

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