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L’Assassin Royal, Tome 13 – Robin Hobb

  • Le synopsis :

Sur l’île d’Aslevjal, les principaux protagonistes se retrouvent enfin face à leur destin. La mort moissonne, les énigmes se résolvent, les serments se dénouent. Une fois encore, Fitz affronte de terribles épreuves qui l’emportent au seuil de l’extrême douleur et du renoncement. Impuissant, il doit dire adieu à certains de ses plus vieux amis. Pourra-t-il au moins sauver le Fou, enfoui dans les cachots du palais de glace ? Laissant tous ses compagnons reprendre le bateau, il reste seul sur Aslevjal et finit par découvrir une grotte dont l’occupant n’est autre que le fameux Homme noir, qui se révèle bien différent de ce qu’on croyait.

Bouleversante, riche par ses multiples ramifications, ses nombreux personnages tous plus hauts en couleurs les uns que les autres, ainsi que par les prolongements qu’elle suscite dans l’esprit de son lecteur, la série de l’Assassin royal s’impose comme un des chefs d’œuvre de notre temps.

  • Mes impressions :

Attention !!! ÉNORMES SPOILER !! Ne pas lire cet article si vous n’avez pas terminé le livre ! (la partie « ce qu’il faut retenir » est sans spoiler et peut être lue par tous)

Pour commencer, je tiens à dire que le découpage français est vraiment mauvais… On a l’impression de débuter le tome au milieu de l’action, et surtout ce dernier opus m’a semblé bien plus court que d’habitude (une centaine de pages de moins, mais le fait que ce soit la fin a sûrement joué sur cette impression aussi). La prochaine fois, il faut vraiment que je m’en tienne au découpage en VO, soit en lisant directement en VO, soit en lisant tous les tomes VF correspondant à un tome VO à la suite (je sais pas si c’est bien clair ??).

Bref, à part ce point qui m’a chiffonné, je dois dire que j’ai trouvé ce dernier tome excellent et à la hauteur du génie de la série dans son ensemble. Il y a des choses qu’on peut critiquer bien évidemment, notamment certains événements qui tombent à pic (comme la venue de Burrich dans le tome 12 qui m’avait énervée, là on peut critiquer le fait que Burrich meure et donne sa bénédiction à Fitz pour reconquérir Molly, ce qui facilite le dénouement final…)

Mais franchement, même si quelques critiques ont effleuré mon esprit pendant la lecture, j’étais bien trop émue par cette fin pour m’y attarder. D’abord, j’ai été agréablement surprise par l’identité de l’Homme Noir, qu’on découvre enfin !! J’avoue que je ne m’étais jamais posé la question du devenir des Prophètes Blancs une fois leur mission remplie, et encore moins dans le cas d’un échec. Cette question se pose d’ailleurs de manière récurrente, à la fois au travers de l’Homme Noir, mais aussi au travers du questionnement du Fou sur le but de sa vie une fois sa propre mort mise en échec et ses visions d’avenir détournées par les actions de Fitz. Je n’avais jamais vraiment restitué la relation Fou/Fitz dans son contexte général Prophète Blanc/Catalyseur : dans ce tome, j’ai vraiment pris conscience que Fitz et le Fou ne sont qu’un des nombreux duos qui ont parcouru l’histoire, et que chaque génération voit son propre duo naître et tenter de suivre sa destinée.

Il y a beaucoup de passages que j’ai adorés, je pourrais en parler pendant pas mal de temps donc préparez-vous à un roman…

D’abord j’ai été touchée par le début du livre : on ressent vraiment la tristesse de Fitz et sa mélancolie. Tout le monde se réjoui de l’heureux dénouement de l’expédition sur Aslevjal, mais lui a bien trop sacrifié à la réalisation des projets du Fou et à ses devoir de Loinvoyant. Personne ne semble réellement se préoccuper de lui, et voir Burrich agoniser a été assez pénible pour moi, même si j’avais peu d’espoir pour sa survie. J’ai par la suite adoré le passage du livre dans lequel Fitz revient seul dans le palais de glace pour chercher le corps du Fou, sa rencontre avec la Femme Pâle, et ses déambulations dans ce labyrinthe froid et plein des mystères des Anciens. J’ai trouvé que le palais reflétait entièrement ses émotions : vide, froid, un labyrinthe où l’on se perd (comme tous les nœuds dans la vie de Fitz…), mélancolique (le parfum des Anciens dans l’air), et son envie de s’abandonner lentement au froid qui l’anesthésie de tous ses sentiments et de sa tristesse, son besoin de solitude pour faire son deuil. C’est comme s’il menait une quête personnelle et spirituelle qu’il ne pouvait réaliser que seul, et ce palais étrange ainsi que la manière dont il en sort symbolise cette quête intérieure.

J’ai été très émue quand il a ramenée le Fou à la vie, et ensuite triste de voir les changements que cela a entraîné chez lui. Je me disais bien qu’il ne pouvait pas mourir ! Tout comme Fitz, je ne réalisais pas qu’il était mort, et j’attendais que son corps soit brulé pour m’y résigner… Si j’ai trouvé ce moment émouvant, c’est d’abord pour le lien d’Art si fort entre le Fou et Fitz, mais aussi parce qu’enfin Fitz accepte son rôle de Catalyseur et s’en sert de manière positive, avec une réelle volonté de changer le cours des choses.

En fait, le passage le plus émouvant du livre pour moi a été le moment où le Fou rend ses souvenirs à Fitz avec l’aide de la Femme au Dragon en échange de la Couronne des 5 Ménestrels. C’était comme si je revivais l’ensemble des événements du cycle en quelques pages : la joie, mais surtout la souffrance et l’injustice de la vie de Fitz, tout ça condensé en quelques ultimes instants qui vont rendre Fitz plus entier, plus complet. C’est à ce moment là que j’ai compris ce qui m’avait gêné de manière inconsciente dans la deuxième partie du cycle de l’Assassin Royal : le fait qu’il ne s’engage réellement dans aucun relation (amitié ou amour), qu’il se referme sur lui-même et adopte une sorte d’attitude lâche avec les autres (Heur, Jinna, Astérie, Trame, et même le Fou ou Devoir), son repli dans l’inaction, sa tendance à se tourmenter pendant des heures et à s’apitoyer sur son sort sans arrêt sans essayer d’agir pour changer les choses, etc. J’ai ressenti très nettement la différence dans son attitude dès l’instant où il a recouvré ses souvenirs perdus. J’ai eu la sensation de retrouver le Fitz des tous premiers tomes, et c’est ce Fitz là que j’apprécie ! Je comprend donc ce qu’a voulu faire Robin Hobb et la salue pour son habileté à retranscrire les sentiments profonds et inconscients des personnages de manière aussi subtile ! La leçon à en retenir est que la vie n’est jamais aussi belle et éclatante que lorsqu’on a connu aussi la peine et la douleur : l’oubli n’est pas forcément une bonne chose.

« Il faut peut-être conserver en soi toutes ses peines et ses chagrins pour avoir la conviction de pouvoir survivre aux coups que porte la vie; peut-être, si l’on ne sait pas donner sa place à la souffrance dans son existence, se transforme-t-on en lâche. »

J’ai vraiment eu le sentiment que Fitz rentrait chez lui après une longue absence, comme s’il était parti en guerre et tentait de reconquérir son monde, qui bien sûr a évolué de son côté pendant tout ce temps. J’ai été tellement heureuse de le voir redécouvrir le bonheur petit à petit, de le voir se reconstruire et démêler enfin tous les problèmes qui ont jalonné sa vie. J’ai aimé les retrouvailles avec Patience, qui m’ont étrangement émues en me rappelant tout plein de passages où Fitz faisait son apprentissage auprès d’elle.

La séparation entre Fitz et le Fou est également un des moments forts du livre. C’est un dénouement bien triste pour leur amitié, mais j’avoue que je n’avais jamais vraiment envisagé de fin heureuse pour eux deux, à cause de leurs différences et de tout ce qu’ils avaient vécu ensemble. Ce choix de l’auteure ne rend son œuvre que plus crédible et plus belle à mes yeux, car un happy end total n’arrive jamais dans la réalité, et encore moins pour quelqu’un qui aurait eu la vie de Fitz.

« Quelques fois un vide peut apparaître comme une promesse qui ne demande qu’à être remplie. »

Pour terminer, j’ai apprécié qu’il reste de nombreux points d’ombre sur l’Art et les Anciens, ou encore sur l’origine et la nature du Fou et des Prophètes Blancs. L’auteure entretient le secret et ne se sent pas obligée, contrairement à nombre de ses collègues écrivains, de nous expliquer le fonctionnement du monde et de la magie de A à Z en nous déballant un maximum d’informations dans les derniers chapitres du livre. Ça ne rend l’histoire que plus intéressante, car le lecteur a l’impression d’évoluer dans un monde que l’auteure considère comme allant de soi, « normal ». Et puis comme ça, libre à nous d’imaginer ce qu’on veut !

  • Ce qu’il faut retenir :

Une belle fin donc, qui m’a fait verser des larmes à la fois de tristesse (certains des événements sont franchement tristes, et j’aurai vraiment été une insensible si je n’avais pas été peinée de quitter l’univers de l’Assassin Royal et ses personnages magiques!); mais aussi de bonheur. Le titre de ce tome est vraiment très représentatif de son contenu !

Le talent de l’auteure est vraiment immense, et même si tous les tomes ne sont pas du même niveau, l’ensemble est vraiment génial. Robin Hobb a un don pour retranscrire les sentiments humains et nous faire ressentir toute l’importance de nos choix. Chacun se retrouvera dans les moments qu’elle sait évoquer avec tant de justesse, que ce soit les joies simples, les actes manqués, les difficultés surmontées, les moments de désespoir ou ceux qui nous changent à jamais. J’ai eu l’impression que Robin Hobb, au travers de ses livres, nous racontait tout simplement ce qu’est la vie dans toute sa complexité, et j’y ait souvent trouvé un écho avec des sentiments que j’ai ressentis à un moment ou à un autre dans ma vie.

En conclusion, le cycle de l’Assassin Royal est un pur chef d’œuvre qui a sans aucun doute marqué ma vie de lectrice ! Une lecture indispensable à tout amateur de Fantasy, mais aussi aux autres.

10/10

Coup de cœur : Trolle est amoureuse ^^
Lu dans le cadre du Challenge ABC Fantasy/Bit-Lit :

16/26
Et dans le cadre du Big Challenge Livraddict 2011 :

Les avis de mes co-lecteurs :

Frankie Iani Julien le naufragéMinidou Niënor

Un mini book-club aura lieu sur le site de Livraddict le 29 août partir de 18 heures. Toute personne ayant lu le cycle de l’Assassin Royal est le bienvenue !

Voici le topic en question

13 thoughts on “L’Assassin Royal, Tome 13 – Robin Hobb”

  1. Très belle chronique ! La mienne est plus négative, mais pourtant je suis d'accord avec quasi tous les éléments que tu cites !
    Et effectivement, le passage où Fitz cherche le fou dans le palais de glace… C'est un de mes passages préférés !

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  2. Jolie chronique! Pour une fois, j'ai bien fait attention de respecter le découpage Vo lors de ma lecture et c'était pas plus mal. J'aime bien ton interprétation du passage dans le labyrinthe de glace, je n'y avais pas pensé mais ça correspond tout à fait à ça. J'ai trouvé aussi que la séparation du fou et de Fitz, aussi dure soit-elle rajoute une certaine crédibilité, sinon, ça aurait vraiment trop fait « happy end ».

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  3. C'est terrible, je n'ai rien à dire sur ta chronique : je suis d'accord avec le moindre de tes mots !
    Que ce soit l'émotion, les différents passages (le palais, la Femme au Dragon), les personnages (Burrich, le fou surtout), les révélations (l'Homme noir !) : j'ai ressenti exactement la même chose !

    Encore un grand merci pour ces lectures communes et vivement le 29 qu'on en parle en détail ! 🙂

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  4. Tu as fait un super article et je suis entièrement d'accord avec ce que tu dis, même si à cause de ce découpage, ce tome est moins palpitant que le précédent. Mais j'adore comment l'histoire a évolué et comment l'auteur l'a géré même si elle nous rend parfois triste. J'ai été surtout triste de quitter Fitz et le Fou.

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  5. Quelle magnifique chronique!! (ça me donne envie de pleurer, tiens, cette fin est tellement belle!) Peu de choses à dire, je suis entièrement d'accord avec tout ce que tu dis (c'est vrai que le passage où le Fou rend ses souvenirs à Fitz est magnifique, j'ai eu exactement la même impression que toi, de comprendre rétrospectivement que quelque chose manquait chez Fitz depuis le début, et de le retrouver à ce moment là). Et j'ai hâte aussi d'en être au mini Book-club, parce qu'évidemment, en faisant une chronique sur l'ensemble des trois tome VF, je n'ai pas l'impression d'avoir pu y dire tout ce que je voulais. En tout cas, c'est une merveilleuse conclusion à la saga!

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  6. Franchement c'était pas facile de trouver une fin qui contenterait les fans et qui resterait plausible et émouvante, et je trouve que Robin Hobb s'en est vraiment bien sortie et nous a livré un final digne de ce nom, vraiment représentatif de l'ensemble du cycle

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  7. Un avis kilométrique mais élogieux d'une série qui semble t'avoir touchée énormément. Hé bien tant mieux.

    Je te rejoins sur le très mauvais découpage, le tome 13 aurait du être joint au 12… ca ne colle pas du tout de les séparer, sauf si il y'avait un besoin de faire rentrer de l'argent pour rentabiliser les traductions (ou bien faire de l'argent pour de l'argent??).

    C'est bien vu le coup de la forteresse de glace et de la quête interne, je n'y avais pas pensé… mais belle analyse.

    Par contre j'ai moins apprécié la résurrection du Fou en fait, c'est un peu too much… mais ça le fait quand même, il n'en ressort pas heureux. Et Fitz non plus au final… néanmoins il récupère ses sentiments et retrouve goût à la vie. Un joli happy end quoi! 😉

    Mon avis est en ligne si tu veux et j'irai aussi lire la fin de vos discussions sur Livraddict.

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  8. Je suis cette fois-ci totalement d'accord avec toi! Cette saga est une merveille!! Rien à en redire!!!
    Mais je n'ai malheureusement lu moi-même que les deux premiers tomes… pour l'instant!!!

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